"Tirant le Blanc"et l'auto-haine de Vicente Aranda
Français
per Víctor Alexandre   
dissabte, 22 abril 2006
ImageCette version cinématographique du héros de Joanot Martorell ne peut vraiment pas être plus insignifiante et anodine avec ses batailles peu travaillées et un protagoniste, Caspar Zafer (Tirante), incapable de transmettre la moindre petite émotion. Leonor Watling, Ingrid Rubio et Victoria Abril sont les seules qui, en fait, donnent une certaine entité au film car Giancarlo Giannini et Jane Asher, dans les rôles de l’empereur et de l’impératrice de Byzance, passent à l’écran comme des âmes en peine à la recherche d’un directeur qui aime l’histoire qu’il explique au lieu de l’utiliser pour canaliser ses phobies.
L’auto-haine de Vicente Aranda est trop forte pour que celui-ci ait résisté à la tentation d’utiliser le grand classique de la littérature catalane dans le but de ridiculiser le héros et le convertir en un mélange d’impuissance et d’éjaculateur précoce. Il y a plus, avec les noms castillans dans la version doublée en espagnol - Tirante, Hipólito...-, l’identité de Tirant et de ses hommes devient espagnole de façon subtile. Fait qui conduit Aranda a tomber dans son propre piège, car avec « l’espagnolisation » de Tirant, l’impuissant n’est pas catalan –ni breton, comme dans le roman- mais espagnol. Finalement, cependant, l’unique impuissance réelle est celle d’Aranda pour avoir réalisé quelque chose qui ne soit qu’un peu plus qu’un téléfilm.

Mais il existe une autre question que les Catalans devraient savoir, c’est le mensonge éhonté de la maison de production Carolina Films. Une maison de production qui, ainsi que le signalait le Département de Normalisation Linguistique de la Mairie d’Alcudia (Baléares) le 18 mai 2005, a promis que Tirant le Blanc ne serait inauguré qu’en catalan dans les Pays Catalans. Cette notification est née de la rumeur généralisée que le film serait projeté en espagnol sur les territoires de langue catalane. De la même manière, selon les mots de Bernat Baldomero, responsable presse de Carolina Films, le tournage en anglais a été réalisé grâce à la volonté –paroles littérales- « d’universaliser l’œuvre, et que notre littérature et notre culture soient diffusées et respectées dans le monde ». Enfin, nous avons déjà vu comment ces déclarations sont devenues une série de mensonges. Il n’y a que 10 copies en catalan pour tous les Pays Catalans : sept dans la Principauté, deux dans le Pays Valencien et une dans les Iles. Tout à fait honteux.

Quant à « l’universalisation de l’oeuvre et de notre langue et de notre culture », il faut juste ajouter que les dossiers de presse internationaux (www.tirant-lo-blanc.com ), à la demande de Vicente Aranda et de la maison de production, ont pour titre en anglais Tirant lo Blanc/Tirante el Blanco, et ceux-ci prétendent des choses telles que : “Tirante el Blanco tells the story of the famous knight Tirante...” Et, se référant aux almogavares, ajoutent : “...the fierce almogávares, a class of Spanish soldiers who fought during the Christian Reconquest of Spain… » (les féroces « almogavares », en quelque sorte des soldats espagnols qui luttèrent pendant la Reconquête chrétienne en Espagne…). Voilà ce que déclare un film subventionné par la Generalitat de Catalogne et TV3, et Vicente Aranda le répand dans le reste du monde, un réalisateur né en Catalogne. Conformément à ce profil de profonde auto-haine, il semble logique que si Aranda avait été juif, il serait anti-sémite. Par chance, n’offense pas qui veut.

Racó Català , 22/4/2006 (catalan)
El Punt , 24/4/2006 (catalan)
Eurotribune.net , 24/4/2006 (catalan,
anglais, espagnol, français)
Diari de Sant Cugat , 26/4/2006 (catalan)
AixòToca , 1/5/2006 (catalan)
normalitzacio.cat , 1/5/2006 (catalan)