« Ne me parles pas dans ta langue, tu m'offenses »
Français
per Víctor Alexandre   
divendres, 02 juliol 2004
Parlament Europeu« Si un député basque parle en euskera dans les débats, Quel débat y-aurait-il ?, se demandait Eduardo Zaplana, porte-parole du groupe populaire au Congrès. « Le sens commun nous dit », insistait-il, « que si nous parlons tous une langue, qui est celle qui nous unit, il faut utiliser cette langue ». Zaplana, de toute évidence, se référait à la décision des députés et des sénateurs d’ERC de parler en catalan lors de leurs interventions au Congrès et au Sénat. L’argumentation est si ridicule qu’il faudrait en rire si le sujet n’était pas aussi sérieux. Car, dans quelle langue parlent les députés au Parlement Européen, en commençant par Jaime Mayor Oreja et José/Josep Borrell ? Comment cela se fait-il que l’anglais existant comme langue commune, les députés européens ne l’utilisent pas dans les débats ? Et bien pour la simple raison qu’un chose est la langue de communication personnelle entre eux et une autre la juste représentation de toutes les langues de l’Union dans les sessions officielles. Je veux dire qu’indépendamment de la langue dans laquelle communiquent un Allemand et un Italien dans les couloirs de la chambre, ce sera respectivement en allemand et en italien qu’ils se parleront depuis les sièges.

La technique, qui a toujours évoluée beaucoup plus rapidement que le nationalisme espagnol, a depuis longtemps inventé une chose connue sous le nom de traduction simultanée. Grâce à elle, par l’intermédiaire de simples écouteurs, un Grec peut répondre à la question d’un Maltais et un Maltais peut en faire de même face à l’interpellation d’un Danois. Et les choses sont comme ça parce que ces personnes, aux sessions parlementaires, ne parlent pas en leur nom mais au nom de leurs pays et ce sont leurs droits qu’elles y exercent. C’est une question de principe : si toute union se fonde sur le respect à la différence, quel type d’union est celle qui ne respecte pas la langue d’un de ses membres ?.

Quand monsieur Zaplana définit la langue espagnole comme « celle qui nous unit », il tombe dans un piège sémantique qui révèle le subconscient collectif espagnol. Et le discours de la présumée espagnolité des Pays Catalans, on y résiste seulement en raison des privilèges dont jouit la langue espagnole chez nous. Tout se termine ici. C’est, par conséquent, pour des raisons de force que les Espagnols exercent le privilège de ne parler aucune autre langue que la leur entre Catalans alors que nous, Catalans, avons stigmatisé l’utilisation de celle-ci entre Espagnols. Alejo/Aleix Vidal Quadras l’exprimait clairement il y a peu : « L’Espagne ne doit pas s’offenser quand le catalan est parlé au Congrès ».

Certes, alors que l’annexion des Pays Catalans à l’Espagne se maintient, il est évident que c’est dans notre langue que nous devons nous exprimer au Congrès des Députés et au Sénat. Peu importe qu’on nous accuse de provocation. Seul quelqu’un profondément réactionnaire peut se sentir provoqué par une chose si naturelle.Avant tout il s’agit de mettre en évidence leurs propres arguments en les utilisant. Si les Catalans « nous sommes » espagnols et l’Espagne est « notre » pays, comment est-ce possible que nous ne puissions pas nous exprimer en catalan dans des institutions qui sont autant les nôtres que les leurs ? Finalement, ce qui reste découvert c’est que le problème n’est pas linguistique mais phobique. Car ce n’est pas qu’ils ne comprennent pas le catalan –la traduction écrite du texte leur été fournie avant-, c’est qu’ils ne le supportent pas. C’est pour cela que j’ai trouvé ingénues les espérances mises dans les socialistes au moment de défendre l’officialité du catalan en Europe. Avec quelle conviction va défendre la langue catalane une personne qui la méprise au point de l’interdire ? L’officialité du catalan en Europe ne sera jamais « grâce » à l’Espagne mais « malgré » l’Espagne. Il faut donc persévérer dans la stratégie de parler en catalan dans les institutions de l’Etat ; il faut les offenser –si c’est comme ça qu’ils le vivent-, les irriter et les exaspérer sans cesse. Chaque nouvelle interdiction ou avertissement est un preuve de notre fermeté et de leur totalitarisme.

En ce sens, nous devrions demander au président du Sénat, Javier Rojo, à quoi il se réfère quand il dit que 25 ans après la création de l’Etat des autonomies, il existe suffisamment de mécanismes pour démontrer qu’une langue, ça se parle et ça s’aime. La vérité est qu’une grande dose de cynisme est nécessaire pour tenir de tels propos, de cynisme et d’ignorance. Seul un ignorant peut penser que les Catalans parlent catalan non pas parce que c’est leur langue mais pour démontrer que nous l’aimons. Les Espagnols, dans tous les cas, ont toujours eu une manière beaucoup particulière de démontrer l’amour qu’ils ont pour la leur, c’est en l’imposant à ceux qui ont une autre langue propre.

C’est la raison pour laquelle, quand les présidents du Congrès et du Sénat exigent que nos représentants s’attachent au règlement en matière linguistique, il faut leur rappeler deux choses : que le règlement ne dit rien de l’obligation de parler espagnol et que le droit d’utiliser la langue propre du pays propre est un droit humain fondamental et que ce principe est au-dessus des règlements et de la Constitution espagnole. L’Espagne a ratifié la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, dont le rang est supérieur à toutes les lois, normes et règlements internes étatiques, ce qui signifie que c’est une erreur de solliciter la possibilité de s’exprimer en catalan. Un droit à solliciter n’est pas un droit, c’est un privilège et, étant donné qu’en Espagne seuls les Espagnols ont des droits, il faut remercier le fait qu’ils reconnaissent, bien que ce soit de façon aussi peu aimable, que les Catalans soient simplement cela : Catalans.

Català llengua europea

Berria , 3/7/2004 (basque)
Nabarralde , 5/7/2004 (espagnol)
Racó Català , 6/7/2004 (catalan)
El Punt , 19/8/2004 (catalan)
Llengua Nacional , núm. 48, III trimestre 2004 (catalan)
AixòToca , 18/2/2006 (catalan)
Eurotribune.net , 9/3/2006 (catalan, anglais, espagnol, français)